Vichy > Son patrimoine > Opéra de Vichy


Opéra de Vichy

un écrin d’or et d’ivoire rayonnant

Opéra de Vichy - VICHY UNESCO

Lors de sa construction en 1901, l’Opéra de Vichy est le deuxième plus grand de France, derrière l’Opéra Garnier. L’édifice est l’œuvre de l’architecte français Charles Le Cœur, secondé par le Belge Lucien Woog. Réalisé dans le style Art nouveau et officiellement inauguré le 31 mars 1903, il reste à ce jour l’un des plus grands de province.

L’Opéra de Vichy ne ressemble à aucun autre. Sa salle de théâtre n’affiche pas les couleurs rouge et or traditionnelles. Le jaune et l’ivoire, rehaussés d’un décor géométrique, symétrique et floral, proposent une ambiance singulière. « Il ne faut pas oublier qu’il a été créé comme un théâtre d’été. La saison d’hiver n’a été mise en place qu’en 1995 », rappelle Fabien Noble, directeur du musée de l’Opéra de Vichy. Sa construction est commandée par Napoléon III car, à la fin du XIXeme siècle, la cité thermale est la capitale d’été de la musique. Le théâtre du Grand Casino n’est plus adapté à l’ampleur de la saison estivale. « Charles Badger va rapidement proposer des plans d’agrandissement de son casino, dès 1880. Mais ils ne sont pas acceptés par la Compagnie Fermière de Vichy. Il veut augmenter la surface au sol en élargissant les murs et construire l’Opéra derrière le Grand Casino. »

Plusieurs autres suggestions essuient des refus et, à la fin du XIXeme siècle, le projet d’agrandissement est validé grâce aux plans de Charles Le Cœur. « Ce Parisien a travaillé essentiellement pour l’Etat tout au long de sa carrière. On lui doit, entre autres, la typologie des grands lycées parisiens. » Très fonctionnaliste, c’est la première fois qu’il travaille sur un bâtiment destiné au divertissement qui se doit d’être pratique, certes, mais plutôt élégant. Au lancement du projet, en 1898, il est âgé. Il s’adjoint les services d’un jeune architecte belge, Lucien Woog. « C’est peut-être lui qui va apporter quelques innovations bienvenues face à l’académisme plus prononcé de Charles Le Cœur. »

Une structure métallique habillée de plâtre et de bois

Contrairement au projet de Charles Badger, Charles Le Cœur va disposer le théâtre dans le prolongement du Grand Casino, sur la partie est. « À cet emplacement se trouvait le jardin de la musique avec un kiosque. » Et pour répondre au besoin de divertissement toujours plus grand, il faut travailler vite. Le bâtiment sort de terre sans être, pour le moment, raccordé au Grand Casino. « Le théâtre est une enceinte de pierres et de briques mais l’intérieur de la salle de spectacle est attaché à une structure métallique. Elle est habillée de plâtre et de bois. » Une construction rapide et économique. Mais cela permet aussi des innovations comme des balcons auto portés. « Cette absence de piliers offre une meilleure visibilité aux spectateurs situés en fond de salle. Les dimensions sont vastes, les fauteuils sont larges et l’espace pour les jambes est confortable. Tout a été pensé pour le plus grand confort des spectateurs. »

Et ce, jusque dans le moindre détail. Car Charles Le Cœur sait s’entourer et il va choisir une équipe de jeunes décorateurs talentueux qui ont, pour certains, déjà travaillé ensemble à l’exposition universelle de Paris. Parmi eux, Léon Rudnicki est en charge de la décoration du théâtre, des galeries et des deux vestibules. « Quand on lui confie cette tâche, en 1901, il n’a jamais réalisé de décoration intérieure. C’est un illustrateur. » Mais il n’a pas le temps de travailler avant l’ouverture des portes de l’Opéra. Car la saison 1901 doit débuter et les premières représentations sont données. « Seul le décor en relief est terminé. La salle est entièrement blanche. Un journaliste déplore sa fadeur dans le journal de Vichy. »

Rudnicki travaille pendant les hivers 1901-1902 et 1902-1903. « Il crée dans son atelier de grandes plaques de zinc qu’il ajoure pour travailler au pochoir. Il les applique ensuite sur les murs et la voute pour réaliser rapidement son œuvre de façon symétrique. » En plus du décor Art nouveau, il installe quatre séries de trois visages aux quatre coins de la voûte. Ils représentent des artistes contemporains de la construction du théâtre. Ils sont déjà venus dans l’ancien Casino et reviendront à Vichy comme Sarah Bernhardt, Réjane, Coquelin Aîné ou encore Cléo de Mérode. Un autre membre de l’équipe de décoration, Pierre Seguin, réalise les ornementations sculptées, comme sur les balcons, à l’aide de moules. Le tout est arrosé de lumière par la coupole centrale qui évoque le soleil avec une rosace lumineuse. Il n’y a pas de grand lustre.

Casino – Théâtre – Projet M.L. Rudnicki – 1900 – Collection M.Laval

Une salle de 1.483 places, la seconde derrière l’Opéra Garnier

Le 31 mars 1903, jour de l’inauguration officielle du théâtre, de l’établissement thermal et du hall des Sources, tout est achevé. « Ce nouveau théâtre dote Vichy d’une salle qui place la ville bien au-dessus de la concurrence, elle est la seconde derrière l’Opéra Garnier. Aujourd’hui le théâtre de Vichy reste l’un des plus grands de province avec 1.483 places. »

Et tout est grand. Très grand. « La largeur du cadre de scène est de 10 mètres, celle des coulisses 20 mètres et 15 mètres de profondeur, mais le plus impressionnant est la hauteur des cintres, qui culmine à 22 mètres, soit le double de l’espace visible par les spectateurs. » De chaque côté, les balcons qui l’encadrent sont de loges d’avant-scène. Elles ne sont pas tournées vers la scène mais vers la salle. « Ce sont des loges d’apparat qui servaient aux personnalités les plus remarquables pour se montrer à l’ensemble de la salle. On a une photo de Philippe Pétain installé dans l’une d’entre elles lors d’une représentation du Bourgeois gentilhomme. » Elles sont faites pour voir et être vu. « Mais on perd un grand nombre d’informations du spectacle. »

Casino-Opéra – 1903 – Collection M.Laval

Autre singularité, la taille du hall. « Il est étroit. On entre directement dans les galeries du pourtour de la salle de théâtre. Il n’y a pas un escalier majestueux avec un foyer disposé à l’étage. » Mais Charles Le Cœur a une idée pour doter son Opéra d’un espace d’accueil à la hauteur de sa construction. « Le Grand Casino et le théâtre n’ont pas été accolés afin que ce dernier soit tout de suite utilisable. Charles Le Cœur va prévoir la construction d’une salle de bal et d’un foyer pour les spectateurs, qui fera la liaison entre les deux bâtiments. » Aujourd’hui, on l’appelle la salle Berlioz.

Historiquement, c’était le grand hall avec sa verrière circulaire assez imposante. « Là, nous ne sommes plus dans le style Art nouveau. On s’inspire de la salle Schmidt du casino de Monte Carlo. Tout est quasiment fait à l’identique, dans un style classique. Elle sert comme salle de bal et foyer des spectateurs dès 1901. » Restaurée entièrement et à l’identique de 1994 à 1995, la salle de théâtre de l’Opéra de Vichy accueille depuis cette période une saison d’été et, également, une saison d’hiver. Elle est connue pour être le lieu où, le 10 juillet 1940, 80 parlementaires ont refusé de voter les pouvoirs constituants au gouvernement de Philippe Pétain. Elle a aussi accueilli des tournages de cinéma pour le film « La Danseuse » et le téléfilm Coco Chanel.


Partagez sur :