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Gare et avenues thermales rayonnantes

un nouveau souffle pour la station thermale

Gare et avenues thermales rayonnantes - VICHY UNESCO

La gare de Vichy est un exemple exceptionnel de « gare thermale ». Elle a été «officiellement» commanditée par Napoléon III, grand amateur des villes d’eaux européennes, thermales et balnéaires. Dès 1856, l’architecte Charles-Edouard Isabelle conçoit un grand projet d’aménagement de la station thermale qui sera en grande partie approuvé par un décret de Napoléon III en juillet 1861. L’Empereur définit à cette date toutes les mesures nécessaires à l’embellissement de la ville : percement de onze voies d’accès ; construction des chalets de l’Empereur, d’un hôtel de ville, d’une église, d’une gare ; aménagement du Parc de l’Allier qui suit le cours de la rivière ; édification d’un pont provisoire ; et adduction de la ville en eau douce. La gare, nouveau programme indispensable à toute ville thermale, était donc projetée avant même l’arrivée du souverain dans la ville.

Extrait, Bernard TOULIER, Conservateur général honoraire du patrimoine

Gare de Vichy, l’essor du thermalisme est à quai…

Quand les chemins de fer se sont développés, la ligne Paris-Lyon-Marseille s’arrêtait à Saint-Germain-des-Fossés, une gare très importante qui servait d’échangeur et desservait toute la région. « Les curistes étaient obligés de parcourir les 10 derniers kilomètres en calèche jusqu’à Vichy, explique Agnès Marcaud, Architecte Conseil à la Ville de Vichy. C’était très inconfortable ! ». Napoléon III, qui souhaitait un rayonnement européen et international pour la Ville, adopte par décret impérial le 27 juillet 186, le plan d’ensemble urbain. Vichy sera intégrée au parcours de cette prestigieuse ligne. « La construction de la gare fut alors très rapide car, en 1862, le bâtiment était achevé ».

Les travaux d’infrastructure sont confiés au polytechnicien, ingénieur des Ponts et Chaussées, Pierre-Dominique Bazaine, un des pionniers du chemin de fer et les plans des bâtiments à Denis Darcy, architecte. Dès la création de la gare en 1862, le monde entier a pu venir à Vichy et la ville a connu une expansion très rapide. Cette gare devient donc très importante avec des salons d’attente luxueux, des galeries, des marquises,… « Malheureusement, tous ces éléments grandiloquents ont disparu. Aujourd’hui il ne reste que la façade restaurée lors de l’aménagement du parvis en 2009. C’est le dernier élément visible de ce bâtiment avec ses éléments de décor et son horloge. Nous souhaitons que cette gare soit protégée au titre des Monuments historiques car elle a été le déclencheur de toute l’expansion de la ville ». L’intérieur a été démoli lors des travaux de modernisation en 1977. Sur les photos anciennes, on voit comment le salon d’honneur était conçu pour accueillir les membres de la haute société qui venaient en cure à Vichy. De grandes marquises avaient également été construites afin d’abriter le chargement des nombreuses et volumineuses malles des curistes. « Les curistes patientaient dans ce grand salon en dégustant des collations qu’on leur offrait le temps que les domestiques déchargent les bagages. Puis, on venait les chercher pour les emmener dans les grands palaces ».

Toute la ville a été irriguée grâce à l’arrivée du chemin de fer. « Les artères rayonnantes depuis la gare vont permettre la densification de la ville et l’urbanisation de nouveaux quartiers.  «Cette gare a aussi influencé l’organisation de l’exploitation de l’eau minérale puisque les sites d’expédition et d’embouteillage de l’eau Vichy Célestins ont progressivement été réunis à proximité de la voie ferrée et de la gare, sur le site de l’actuel Atrium, facilitant le transport des bouteilles, notamment à l’international».

Histoire d’une expansion urbaine

À la suite des visites de Madame de Sévigné, Vichy a été progressivement « mise à la mode » : le centre médiéval s’est densifié, les remparts se sont ouverts. Le  Parc des Sources est créé vers 1812 reliant ainsi Vichy-la-ville et Vichy-les-bains. L’hôtellerie toute naissante s’installe sur son pourtour  formant une façade homogène à l’architecture traditionnelle, à deux étages. Alors que la fréquentation de la station évolue, un nouveau développement urbain est nécessaire.

Le plan d’ensemble de la ville est alors adopté par le décret impérial du 27 juillet 1861. Plusieurs plans préalables avaient été établis, l’un par Charles-Edouard Isabelle en 1856, l’autre par Jean Lefaure en 1858. Le dessin du plan thermal annexé au décret de 1861 nous est confirmé par le plan Rondepierre de 1865 qui fait apparaitre la nouvelle gare et le plan en éventail jusqu’à la rivière Allier ainsi que les nouvelles urbanisations déjà en cours.

 « C’est un plan très précieux qui nous dessine vraiment la structure urbaine et les façades de l’époque, explique Agnès Marcaud. Tout est là ! Quand on regarde la trame d’aujourd’hui et qu’on la superpose avec ce plan, nos artères sont encore quasiment à l’identique ».

Ces nouvelles artères ont été réfléchies pour bien desservir la ville et les usages thermaux.

  • La route n°1 correspond aujourd’hui aux boulevards des États-Unis et Kennedy. Reliant avec son doublon la route n°7, les routes n° 2 et 3, elles permettent ensemble de circuler tout autour de la nouvelle centralité de la ville jusqu’à la gare.
  • La route n°2, avenue Victoria a toujours conservé le même tracé sinueux. Elle desservait, notamment, le site de l’usine d’embouteillage et la blanchisserie liée à l’activité des thermes, remplacé en 1901 par le Grand Établissement thermal. « Sur cet axe, on retrouvait surtout des hôtels particuliers avec parc ou jardin. Celui qui abrite aujourd’hui le commissariat de Police est le dernier exemple restant, d’où sa protection dans la cartographie du Site Patrimonial Remarquable. Il nous permet de percevoir les ambiances des grandes propriétés qui entouraient la ville à l’époque ».
  • La route n°3, avenue des Célestins est alors créée. Taillée en biais dans le tissu parcellaire de l’époque, elle contourne le Vieux Vichy, sans encombrer le cœur de ville, pour arriver directement vers la source des Célestins et sa petite usine d’embouteillage de l’époque ainsi que, plus tard, la buvette Lardy.
  • La route n°4, avenue Doumer, s’appelait alors, avenue de l’Impératrice. Elle permettait un accès rapide entre la gare, le Vieux Vichy et le cœur de la cité thermale. « C’est une artère qui a conservé, en partie, son alignement d’arbres prévus dès l’origine »
  • La route n°5 correspond à la rue du Casino. Elle apparaît sur le plan Rondepierre de 1865, date à laquelle est construit le casino voulu par Napoléon III. Ce projet permet d’entrer en concurrence avec les autres villes thermales européennes notamment les villes allemandes et autrichiennes qui avaient le droit d’avoir des casinos et drainaient toute l’aristocratie. « Dans la continuité de l’avenue de l’impératrice, cet axe permettait d’accéder aussi au nouveau quartier en cours d’urbanisation et le nouveau parc romantique au-dessus des digues de l’Allier ». Cet axe représentait donc un nœud économique et culturel majeur.
  • La route n°6  est celle du boulevard du Prince impérial aujourd’hui boulevard de Russie. En lien avec la route n° 5, reliait la nouvelle « urbanité » du secteur entre les parcs et les thermes, entre la route n°1 et le quartier thermal.
  • La route n°7 appelée aussi rue de la Digue correspond à la « promenade haute » des parcs aujourd’hui. Celle du parc Kennedy vient d’ailleurs d’être inaugurée « Allée des Justes parmi les Nations ».
  • La route n°8 correspond à la rue Lucas, pré-existante prolongée par la rue Eisenhower passant aujourd’hui devant le Grand établissement thermal aux rues Petit et Prunelle aménagées après l’endiguement de la rivière. Tout en traversant le nouveau quartier, ces artères mettaient en lien les établissements thermaux de 1ere et 2e classe, le parc des Sources et les nouveaux parcs romantiques sur les digues : les parcs d’Allier.
  • La rue de Paris, axe historique, existait déjà pour relier Cusset. Avec la création de la gare positionnée dans son axe, elle a pris encore plus d’ampleur. C’était l’avenue principale qui desservait le quartier commerçant, les sources et l’établissement thermal de 1re classe, à l’époque, à l’emplacement du Hall des Sources.
  • L’avenue thermale a été percée à partir du petit hameau qu’on appelait Vichy-les-Bains. « Ce site a été restructuré, tracé au cordon. Les auberges et hôtels ont été reconstruits pour former les façades de cette nouvelle avenue thermale. D’ailleurs, le « Regina » a toujours sa façade d’origine visible sur le plan Rondepierre».
  • L’avenue Gambetta permettait de desservir la campagne et les petites industries, d’irriguer la fonction technique et économique. Du côté du Sichon, on avait la blanchisserie, les vergers et les potagers. « Sur ce plan on voit le bief du Sichon qui alimentait les différents moulins, il a été comblé dans les années trente pour laisser place au boulevard du Sichon. ».

L’avenue Thermale et le boulevard Gambetta seront prolongées au fil des décennies pour suivre l’expansion de la ville.


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